LA COMPLAINTE À L'ÉQUINOXE

LA COMPLAINTE À L'ÉQUINOXE is a journey to where nobody has ever been. Each picture is related to a poem, written in french.

 
Il y a, je crois, dans cette demeure,
Quelque esprit résidant,
Convoqué par les astres conjoints;
Une veuve aux traits masqués par un voile,
Maudissant le couple céleste.
 
Une statue de jais,
Brûlée vive, son bouquet pressé contre son sein,
Un impromptu planté en plein cœur
À l’écho hurlant contre les vents,
Une complainte aberrante dans la quiétude.
 
Là, un masque profond,
D’un  noir théâtral,
Ici, un rideau de fleurs
Rouge-mère,
Aussi flamboyant qu’un équinoxe.
 
Enfin, un cri horrifié, 
Qui s’éteint avec fracas contre le satin carmin
Du suaire recouvrant mon visage 
Palpitant, moite, comme possédé 
Par mon reflet effrayant.
Qu'elle est belle !
Cette ombre en blanc
Triste, presque vivante
Frêle !
Mais glorieuse, drapée d'une dentelle si fine,
Aux reflets d'éther,
A l'aube, dorée,
Au crépuscule, moirée,
Impossible et célestine.
 
Je vois en elle, comme en moi,
L'écho fragile d'un soleil peureux,
Les pas dancés de la lune,
Qui effraient les océans,
Et Océan, et Cassandre, et Sélène,
Et moi-même.
Et le feu, chaud et rassurant,
Éclaire par moment ses yeux si profonds.
J'y vois le ciel, et l'obole,
Je m'y abîme, et meurt, quelque peu.
Quelque part entre l’Empyrée et le Vestibule
Je vois dans les volutes de soufre
L'ombre d'un bras maigre et calciné,
Obscur et froid, vide et céleste,
Une bougie éclatante à la main.
 
À la fois fils de l'Onyx et de l’Ébène-Roi,
Noir comme le Nadir
Brûlant, tel le Feu étoilé,
Semblable à l'Ombre nonpareille,
Cet écho déjà si lointain et lumineux.
 
Et je frémis de joie qu’un jour,
Tel les cieux et les canopées,
Les cités d'éons anciens ombragent la terre,
Trompettistes éclairés et grands seigneurs,
 
Eux qui, jadis, tuaient
D'un chant monocorde
Les astres et leurs armées.
Non loin du repos des étoiles,
Là où les anciennes cités s'éveillèrent, 
Faites de degrés de cristaux aux proportions  impossibles,
D'argile et d'âme, de grès et de bois,
S'étale un océan d'un turquoise remarquable,
Grondant comme un dieu colérique.
Mais déjà, l'équinoxe se meurt,
Et m'entraîne avec lui
Dans sa dernière demeure.
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